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Musique: Alima, portrait d’une voix camerounaise émergente

Publié le : 13/07/2017Auteur : AFRIKATVCatégorie : Articles - Culture

A Besançon (dans l’Est de la France) le 25 mai dernier, l’association musicale Black Voices a fait découvrir la chanteuse camerounaise Alima Pélagie. Et la collaboration entre eux ne faisait que commencer. Un concert se tenait ce soir-là au Savana café, bar à une encablure du centre-ville. Il s’agissait d’une première visite dans la région pour l’artiste, qui n’avait avec trois autres musiciens qu’elle ne connaissait pas avant, quelques heures de répétition.

Un parcours de self-made singer

C‘est sur le tas à travers des ateliers que la musique s’apprend, en Afrique. Et si aujourd’hui Internet permet d’accéder à des informations instructives, par tutoriels ou mimétismes, les rencontres restent fondamentales dans l’apprentissage. Aller dans les concerts aident aussi, ce n’est pas Alima qui dira le contraire. La chanteuse a été choriste pour Manu Wandji, musicien et producteur, alors actif entre Besançon et le Cameroun. Et cela s’entend dans sa façon de tenir la voix, l’exercice était donc formateur. La jeune femme a sorti un premier album en juin 2016, le disque était prêt depuis un certain nombre d’années mais sa concrétisation a traîné en longueur. “En Afrique et au Cameroun l’art est difficile, sortir un album aussi”, précise Alima. Lorsqu’elle parvient à mettre sur le marché cet opus, les représentations scéniques doivent s’étoffer. Le concert au Savana café entre dans cette logique. Alima compose énormément. “Il est compliqué pour moi de rester sur les mêmes chansons. Parce que dès qu’une inspiration vient, on avance et on avance”, déclare-t-elle, sourire aux lèvres. La formule du concert était adaptée à l’équipe trouvée sur place: acoustique où les morceaux rythmés apparaîtraient surtout une fois la soirée bien installée.

Collaboration musicale enrichissante, thématique humanisante

L’an dernier, Alima Pélagie a quitté le Cameroun pour l’Allemagne afin d’intégrer un projet de comédie musicale avec une compagnie de théâtre locale. C’est un autre visage de l’artiste. Elle a dansé et joué un texte dans une mise en scène qui s’empare d’un groupe différent de ses habitudes. Le projet est né de la fusion entre deux compagnies, impliquant la rencontre de deux metteurs en scène, un Camerounais et l’autre germanique. Chacun d’eux préparant sa part du projet avant assemblage. La pièce revisite la mémoire de l’esclavage et de la colonisation en Afrique. A tous les problèmes du passé, y était appliqué une vision d’aujourd’hui. Actuellement, le propos des chansons d’Alima n’est pas éloigné de cela, juste mis à jour. La chanteuse ne peut que raconter son histoire, celle d’une femme africaine. Bien sûr, il y a aussi la vie du monde, mais on retrouve les problèmes qui se posent en Afrique. Parmi ceux-ci, la violence faite aux femmes et leur privation d’apprendre. Car “il existe des peuples africains qui estiment que la femme n’a pas droit à une éducation, que les filles ne doivent pas aller à l’école”, décrie la chanteuse ; autre sonnette d’alarme tirée par la chanteuse, la déforestation… Autant d’équations qui concernent plusieurs pays. Alima Pélagie n’ambitionne pas de changer le monde, mais au moins de parvenir à attirer l’attention sur un sujet qui dérange, “toucher ne serait-ce qu’une personne”, dit-elle. Son engagement n’est pas politiquement estampillé, il est avant tout “celui d’une mère qui veut un avenir pour son enfant” et pour celui des nations. Ainsi, de ces chansons universelles, il y a aussi l’espoir.

Un ancrage dans le Cameroun profond

La musique d’Alima peut se caractériser par un aspect traditionnel. C’est le chant de chez elle. Elle chante comme on lui a appris à chanter sur ses terres et rend hommage à ses ancêtres. Que ce soit la jeunesse ou les plus âgés, les Camerounais se reconnaissent en ses chansons, car Alima interpelle tout un peuple. La langue qu’elle utilise et où elle glisse des mantras semble difficilement accessible même pour de nombreux Camerounais,. Pourtant, ils en comprennent l’idée. La musique et la profondeur de la voix de la chanteuse transcende la gorge d’où elle sort, d’un son puisé au coeur. La mélodie captive le public et se fait langage. Les textes d’Alima ont tous un sens, ils sont conduits par des thèmes choisis. La musicienne savoure le partage avec ses spectateurs où qu’elle joue. En Europe ou dans différents pays d’Afrique à travers les festivals.

Fred D Rico avec Fidèle GOULYZIA (crédit photo : William Nsai / Fred D Rico)

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