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Littérature: Annelyse Simao, la plume franc-comtoise africaine dans l’âme

Publié le : 17/07/2017Auteur : AFRIKATVCatégorie : Articles - Culture

Son rapport à l’Afrique enrichit sa personnalité sensible qui transparaît dans son écriture poétique. Portrait d’une passionnée de l’Afrique et du genre humain.

 

Une plume sensible, fidèle transcription d’un riche vécu

La poésie comme miroir de l’âme fait partie du mode de vie de cette Française mère de quatre enfants aux côtés d’un époux lui aussi poète et soutien inconditionnel. Un soutien d’un apport précieux dans un cénacle de poètes où la place de la femme reste à conquérir. Installée en Franche-Comté (dans l’Est de la France) depuis 1974, Annelyse Simao assume son statut de poète. La critique concède aux femmes le pouvoir de régénérescence de la poésie française, genre mineur dans sa réalité économique qui contraste largement avec l’image de prestige que l’on s’en fait dans l’opinion. Qu’à cela ne tienne, depuis ‘’Mélodie des petits riens’’ sa première œuvre publiée en 2000, Annelyse Simao a signé un bail d’assiduité avec ses lecteurs tant l’auteure déborde de profondeur dans les thématiques transversales de ses œuvres. Des œuvres qui laissent transparaître un riche vécu et un ressenti sans fioritures qu’elle veut partager. ‘’Mes œuvres sont la jonction entre ceux que je rencontre et ce qui résonne en moi ‘’, souligne celle qui s’adonne à l’écriture poétique depuis la prime adolescence. De Pas tes mains mais ma bouche à 2001, à Lumières main tenues, sa toute dernière pépite, sa démarche est d’un réalisme militant et touchant. Son écriture peut même se laisser envahir de relents charnels. Son référencement dans l’anthologie de la poésie érotique française Eros émerveillé, Gallimard Poche, 2012, en est l’éloquente illustration. La maladie, le mystère de la maternité, l’hommage à l’homme aimé, l’échec, l’exclusion, le rejet et le chômage sont autant de thèmes abordés. D’ailleurs, A l’échafaudage publié en 2013, n’est-il pas le condensé du regard décalé de 10 mois de chômage, suite à une reconversion professionnelle de professeur de lettres à assistante sociale ? C’est certainement cette grande capacité d’écoute de l’autre qui maintient son lien ombilical avec l’Afrique, continent qui l’a vu naître.

 Un rapport singulier à l’Afrique

De l’Afrique, Annelyse Simao ne garde que des réminiscences. C’est en Centrafrique qu’elle est née en 1964, quelques années seulement après la proclamation de l’indépendance de ce pays d’Afrique centrale qui peinait déjà à cette époque à conjurer les démons des divisions tribale et ethnique. L’écrivaine garde encore ‘’ le souvenir de la rythmique de la langue Sangho’’, première langue de contact, langue secrète de ses parents quand ils avaient envie de cacher des choses à leurs enfants. Victime d’un rachitisme sévère dès les premiers mois de naissance, elle est contrainte de quitter la Centrafrique où son père travaille pour une mission médicale suisse à caractère humanitaire. De la Centrafrique, elle n’en entendra parler que sur les médias occidentaux friands le plus souvent de perpétuer insidieusement des stéréotypes. Des stéréotypes qui prospèrent sur l’autel d’une grille d’interprétation erronée. Par exemple, cette opposition factice, à la limite du ridicule, qui fait planer actuellement le spectre d’une guerre civile entre milices chrétiennes et milices musulmanes. Ce qui est bien loin de la réalité sociologique !

Son idylle avec l’Afrique connaît un nouvel épisode beaucoup plus récent en février 2001 au pays de l’ex-guide libyen Mouammar Kadhafi. Dans le Tassili de Maghidet (sud-ouest libyen à la frontière avec la Tunisie), elle découvre, au cours d’un voyage touristique, l’affreuse réalité de l’immigration clandestine doublée d’un racisme primaire infligé aux Africains subsahariens qui y prennent le chemin pour l’aventure sur le vieux continent. Comment alors s’engager au profit d’un continent pour lequel elle voue un attachement viscéral ?

Retourner en Centrafrique est chose quasiment impossible au regard du climat d’insécurité causé par la prolifération des milices et bandes armées. L’écriture d’un éventuel Cahier d’un retour au pays natal (Aimé Césaire) semble différé pour l’heure mais, l’engagement lui, reste à fleur de peau.

Entre bénévolat et engagement au sein d’associations de développement communautaire et de lutte en faveur des sans-papiers, Annelyse Simao n’a jamais ménagé son volontarisme pour le genre humain. Sa plume est pour l’instant sa plus grande arme de paix. Les illustrations originales de la couverture de ses œuvres poétiques par les plasticiennes françaises Micheline Cote Colisson, Annie Bellat et Catherine Vigier, elles-mêmes passionnées de l’Afrique, en sont une autre preuve. Dans une de ses invocations lyriques dont elle seule détient le secret, elle l’indique à qui veut l’entendre :

‘’Mes mots sont ceux des humbles, qui ne savent rien
de ceux qui enterrent leur sueur, se rendorment
après leur premier cri, sans y laisser d’empreinte.
Car considère-t-on le fruit des multitudes ?
Vous qui pensez savoir, depuis votre naissance
quand même vous dites ne rien savoir
par certitude. Vous, dont la mémoire est cage
où grimpent des sages avec aisance,
vous, que parole a traversés
qui offrez des mots cités comme oseille
– Prêtez votre petite oreille ! (Extrait de Mélodie des petits riens, le Dé bleu, 2000)

Par Fidèle GOULYZIA

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