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L’Afrique au Mondial 2018, Gérard Dreyfus décrypte l’impossible équation à cinq inconnues

Publié le : 11/06/2018Auteur : AFRIKATVCatégorie : Articles - Sport

Les fans africains sont comme tous leurs semblables des autres continents. Avant une Coupe du monde, ils sont persuadés ou, plus exactement, ils tentent de se persuader que leur équipe ira très loin. Souvent ils reçoivent un petit, les thuriféraires diraient un gros ! – coup de pouce des dirigeants politiques qui les poussent dans cette voie.

Je me souviens de ce responsable qui me disait, il y a bien longtemps, quand notre équipe gagne une Coupe d’Afrique, l’Etat s’offre six mois de tranquillité. Alors à chaque victoire le public s’enflamme, à chaque défaite chacun se fait un plaisir, sinon un devoir, d’énumérer le nom de tous les coupables. Et les listes sont toujours très longues. les médias sont au diapason de leur public.
Il en ira de même à l’issue de la campagne des cinq représentants à Russie 2018. Et pour être aussi franc qu’honnête, je ne sais vraiment pas quelle sera le niveau des Pharaons, des Lions de l’Atlas, des Super Eagles, des Lions de la Teranga et des Aigles de Carthage. C’est un véritable casse-tête, une grande partie de roulette russe, c’est le cas de le dire.
J’en ai connu des Coupes du monde et personne, ni en 1990, ni en 2002, ni en 2010, même parmi les plus acharnés des acharnés, n’avait prédit que le Cameroun, le Sénégal et le Ghana atteindrait les quarts de finale. Et aucun de ces trois pays ne fut très loin d’entrer dans le carré d’as, comme si une petite malédiction plombait les espoirs du football africain en quart de finale.
Alors cette fois, sagesse ou prudence, je ne sais pas ce qu’il adviendra des braves conquistadores de nos cinq pays. Quelles sont les bases sur lesquelles on pourrait évaluer les chances de chaque membre du quintette. Les comparaisons possibles avec leurs adversaires réciproques sont très faibles. Généralement les estimations reposent sur les résultats de la Coupe d’Afrique des Nations, c’est-à-dire sur des matches strictement continentaux, ou encore sur la prestation de quelques joueurs dans leurs clubs professionnels en Europe. Mais Liverpool n’est pas la sélection égyptienne, pas plus que le CSKA Moscou n’est celle du Nigeria.
Une équipe nationale n’est pas une addition d’individualités. Elle doit impérativement être une collectivité basée sur une solidarité sans limites. Ce que les supporteurs ne veulent pas toujours entendre.

 

D’ailleurs quand j’observe la liste des 115 Africains retenus pour ce Mondial, je constate qu’il y a beaucoup de très grands joueurs mais pas de stars à l’exception de l’Egyptien Mohamed Salah qui s’est inscrit cette année dans la lignée des Samuel Eto’o et Didier Drogba, ses plus récents prédécesseurs, qui étaient les porte-drapeaux, les ambassadeurs partout consacrés du football africain. Mais on sait ce qu’il est advenu à Salah Ier, Pharaon d’Egypte, un certain 26 mai, à Kiev, en Ukraine.
Un regard sur la liste des clubs représentés est particulièrement significative: un sélectionné africain au Real Madrid, 2 à Liverpool, 1 à la Juventus, 1 à Naples, 1 à Chelsea. Les autres sont, pour bon nombre, dans de très bons clubs, pas dans des grands
Deux entraîneurs nationaux seulement seront sur le banc ou plus souvent debout, à côté. Tous les deux anciens internationaux, Nabil Maâloul et Aliou Cissé. Ce dernier a été le capitaine des Lions de la Teranga, quarts de finaliste de la Coupe du monde 2002 en Corée du Sud et au Japon. Une sacrée équipe qui avait trouvé en son entraîneur, Bruno Metsu, un fédérateur. Ce modèle pourrait être très utile à Cissé lorsqu’il s’agira d’apaiser les egos d’un groupe, peut-être le plus dense des cinq mousquetaires africains.

 

En résumé l’Egypte est dans le groupe du pays organisateur, plus l’Arabie Saoudite, pour un grand derby qui s’annonce très chaud car cela dépasse le simple rectangle d’un stade de football, et l’Uruguay. Le tirage au sort n’a pas été tendre avec le Maroc qui aura à subir les assauts de l’Espagne, du Portugal et de l’Iran. Le Nigeria aura fort à faire avec l’Argentine et la Croatie, moins avec l’Islande. Le Sénégal devra en découdre avec trois équipes coriaces, la Pologne, la Colombie et le Japon. Je serai assez tenté de dire que les quatre sont sur un pied d’égalité. Quant à la Tunisie elle ne sera pas à la fête face à l’Angleterre et à la Belgique fréquemment cités pour jouer les tout premiers rôles et le Panama. Si l’on observe les cinq cartes que va abattre la bande des cinq, l’Aigle, roi du ciel, le Lion, roi de la jungle, et le Pharaon, roi des hommes, l’Afrique ne manquerait pas d’atouts. Soyons réalistes. Le sort d’une équipe ne se lit pas dans des cartes sorties de la poche des plus supporteurs de tous les supporteurs.

Mais pour entretenir notre confiance dans la bande des cinq, je veux me souvenir du Cameroun et du Sénégal qui avaient balayé tous les pronostics en battant en match d’ouverture en 1990 et en 2002, l’Argentine, avec ce but incroyable de François Omam Biyik, et la France grâce à Pape Bouba Diop, deux adversaires qui étaient parés des atours de champion du monde en titre. Et puis, bien sûr, vous connaissez ce proverbe, “Jamais deux sans trois”. A la veille de leur glorieuse Coupe du monde, le Sénégal et le Ghana avaient disputé – et perdu d’accord – la finale de la CAN. Or, quel était le finaliste de la CAN 2017 ? L’Egypte ! Sans Salah, ou peut-être sans lui sur la pelouse ?

Je n’ai qu’un conseil à donner aux joueurs, Gagnez votre premier match. Faites le job, après on verra.

Par Gérard Dreyfus

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